À l’occasion du bicentenaire de la naissance de la photographie, LE BAL consacre pour la première fois une exposition à une collection privée : celle du Wilson Centre for Photography, constituée par les collectionneurs Michael et Jane Wilson. Réunissant quelque 120 tirages, pour la plupart d’époque, « L’Espace entre nous » propose un parcours sensible à travers près d’un siècle de photographie, des années 1920 à aujourd’hui.

Déployée sur deux niveaux, l’exposition rassemble des œuvres de photographes majeurs tels que David Goldblatt, Dorothea Lange, Robert Mapplethorpe, Francesca Woodman, Sarah Jones, Louis Stettner ou encore Tomoko Sawada. Des images iconiques côtoient des œuvres plus confidentielles, dans un accrochage qui privilégie les échos, les rapprochements et les correspondances plutôt qu’une lecture strictement chronologique.

Weegee, Palace Theater, c. 1940 © International Center of Photography/Getty Images
Courtesy Wilson Centre for Photography

Au cœur du projet se trouve une interrogation simple en apparence : que se joue-t-il entre celui qui photographie et celui qui est photographié ? Rencontre fugace ou longuement préparée, photographie volée ou portrait mis en scène, chaque image témoigne d’une relation singulière, d’une distance particulière établie entre le photographe et son sujet.

Lola Álvarez Bravo, Portrait. Juan Soriano, 1937 © Center for
Creative Photography, Arizona Board of Regents, Courtesy Wilson Centre for Photography

Chris Killip, Jeune sur un mur, Jarrow, Tyneside, 1976 © Chris Killip Photography Trust / Magnum Photos
Courtesy Wilson Centre for Photography

Les commissaires Diane Dufour et Julie Héraut explorent ainsi ce qu’elles décrivent comme « l’espace entre nous » : cet intervalle invisible où se nouent regard, confiance, pouvoir, complicité ou parfois tension. Depuis son invention, la photographie est le lieu d’une rencontre entre trois protagonistes : le photographe, son sujet et le regardeur. À travers les œuvres réunies ici, l’exposition examine les multiples formes que peut prendre cette relation et les questions qu’elle soulève, tant sur le plan esthétique qu’éthique.

Richard Learoyd, Jasmijn en Mary Quant, 2008 © Richard Learoyd Courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco and Pace / Wilson Centre for Photography

Shōji Ueda, Papa, maman et les enfants, 1949 © Photo Shōji UEDA, Courtesy Wilson Centre for Photography

La notion de distance traverse l’ensemble du parcours. Elle se décline dans toutes ses nuances, depuis l’intimité la plus proche jusqu’à l’observation discrète d’un inconnu saisi sur le vif. Comment approcher l’autre sans l’enfermer dans une représentation ? Jusqu’où peut-on s’avancer sans franchir une limite ? Comme l’écrit l’auteur Bertrand Schefer, dont plusieurs textes accompagnent la visite : « L’image peut dire alors autre chose et ce qu’elle raconte est également essentiel. C’est une méditation sur la distance. Jusqu’où peut-on s’approcher sans se brûler ? »

L’exposition accorde également une place essentielle au regard du visiteur. Car une photographie ne livre jamais entièrement son secret. Elle laisse subsister une part d’énigme que chacun est libre d’interpréter. En écho aux réflexions de Susan Sontag sur le pouvoir suggestif des images, « L’Espace entre nous » invite ainsi à une expérience de contemplation où l’observation devient elle-même une forme de rencontre.

John Gutmann, Haussement d’épaules, 1935 © Center for Creative Photography,
Arizona Board of Regents, Courtesy Wilson Centre for Photography

Graham Smith, Gateshead, 1973 © Graham Smith
Courtesy Augusta Edwards Fine Art / Wilson Centre for Photography

Au-delà de la découverte d’un ensemble exceptionnel d’œuvres photographiques, cette exposition rend enfin hommage au regard du collectionneur Michael Wilson, dont la passion et l’érudition ont façonné cette collection unique. À travers elle, LE BAL propose moins une histoire de la photographie qu’une réflexion sensible sur ce qui relie les images à ceux qui les produisent, les habitent et les regardent.

Une invitation à explorer cet espace fragile et fascinant qui existe entre l’image et nous.

INFORMATIONS PRATIQUES

mer10jui(jui 10)11 h 00 mindim20sep(sep 20)20 h 00 minLa photographie en toutes lettresCollection d’entreprise Neuflize OBCLa Maison Européenne de la Photographie, 5/7 Rue de Fourcy 75004 Paris

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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