L’artiste suédoise Hilma af Klint (1862-1944) révélée au public français lors de l’ exposition Elles font l’abstraction au Centre Pompidou en 2021, qui associé au Grand Palais-Rmnnous offre un grand moment de spiritisme, de folklore, de sororité, d’ésotérisme lié à la théosophie : conception de l’univers basée sur l’hindouisme et le bouddhisme et langage symbolique universel pour l’artiste, conduisant au cycle magistral des « Peintures du temple », imaginé avec son amie Anne Cassel entre les années 1906-1915. C’est l’angle choisi par les institutions parisiennes pour redonner à cette artiste la place qu’elle mérite.

Vue de l’exposition Hilma af Klint – scénographie Pascal Rodriguez – GrandPalaisRmn x Centre Pompidou – photo © Luc Castel, 2026

L’exposition, répartie en deux étages, nous fait traverser des états émotionnels graduels qui se cristallisent avec les Dix plus grands, formats monumentaux réalisés à la tempera à l’œil comme à la Renaissance, dictés par les esprits lors des séances de spiritisme, les couleurs répondant à une vibration spirituelle et cosmique. Le bleu est associé chez elle à l’énergie féminine et l’intériorité, le jaune : l’intellect, le soleil, le rose : l’amour, l’union des opposés, le rouge la pureté. Les formes géométriques : la spirale (croissance, mouvement), l’œuf (naissance) et la croix (équilibre des contraires), proposent une cartographie du monde qu’il soit visible et invisible, fait de forces complémentaires : horizontal/vertical, lumière/obscurité, masculin/féminin.

Vue de l’exposition Hilma af Klint – scénographie Pascal Rodriguez – GrandPalaisRmn x Centre Pompidou – photo © Luc Castel, 2026

Pionnière de l’abstraction, l’artiste se sent investie d’une véritable mission à travers les guides qui la dirigent vers une pratique médiumnique de la peinture.

Au début du parcours, le groupe spirite féminin suédois De Fem (les Cinq) fondé en 1896 à Stockholm dans le sillage de la Société de théosophie et auquel participe Hilma Af Klint et son amie Anna Cassel est déterminant pour le passage à l’abstraction d’Hilma notamment autour du dessin automatique. Elle apprend à se laisser guider par des formes intuitives et spontanées selon un mode exploratoire.

Cette influence est évoquée à travers les séries Chaos originel (1906-1907) et Evolution (1908) qui posent les jalons de son langage : les grandes oppositions, la symbolique des couleurs et des formes à partir de la naissance de cette énergie du monde, sa structuration jusqu’à une possible harmonie. Evolution est le jalon décisif décrivant les étapes de la vie humaine en 16 toiles : explosion, cellules cosmiques, le tout conduisant à The Ten Largest. Chaque toile étant un chapitre ne peut être lue de façon isolée, le tout témoignant d’une transformation initiatique et stylistique.

Vue de l’exposition Hilma af Klint – scénographie Pascal Rodriguez – GrandPalaisRmn x Centre Pompidou – photo © Luc Castel, 2026

Sa reconnaissance tardive par la Suède, s’explique peut-être par sa demande que l’œuvre ne soit révélée que 20 ans après sa mort, le monde n’étant pas prêt à une telle découverte selon elle. Elle a d’ailleurs maintenu secrète de son vivant toute cette production avant-gardiste mais consciente de son héritage, elle laisse des instructions très précises pour les générations suivantes. Sa reconnaissance internationale commence dans les années 2010, les artistes femmes commençant à être redécouvertes et réévaluées dans le grand récit officiel.

Vue de l’exposition Hilma af Klint – scénographie Pascal Rodriguez – GrandPalaisRmn x Centre Pompidou – photo © Luc Castel, 2026

Si le Guggenhein Bilbao en 2024, BOZAR- Bruxelles (2023) avait présenté l’artiste dans une approche collective et expérimentale avec Swedish Ecstasy (lien vers mon article), la Tate Modern (2023), le Guggenheim New York (2018) ou le Moderna Museet de Stockholm (2013) ont tous choisi une approche différente, soulignant le caractère prolixe d’une créatrice qui refuse de se laisser enfermer dans des catégories.

Laissez-vous plonger dans ses mystères et circonvolutions qui annoncent le psychédélisme ! Comme une saga cosmique et quête spirituelle inachevée. Un tourbillon dont l’audace conceptuelle dépasse la vision binaire et rationnelle d’une époque dominée par les hommes. Autant d’innovations qui n’ont pas encore révélées toute leur puissance…

Catalogue Hilma af Klint. Les peintures du Temple, 1906-1915
Coédition GrandPalaisRmnÉditions –
Centre Pompidou 2026 22,5 x 32 cm, 320 pages, 300 illustrations, 45 €

INFOS PRATIQUES :
Hilma af Klint.
Les peintures du Temple, 1906-1915
Commissariat
Pascal Rousseau, professeur à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Exposition coproduite par le GrandPalaisRmn et le Centre Pompidou
Grand Palais
Jusqu’au 30 août 2026
Réservation conseillée
https://www.grandpalais.fr/fr/programme/hilma-af-klint-les-peintures-du-temple-1906-1915
https://www.centrepompidou.fr/fr/

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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