Pour leur deuxième carte blanche, le comité artistique du Festival photo La mer en partage, que nous accueillons cette semaine dans notre rubrique L’Invité·e, nous emmène dans les coulisses les plus inattendues de la manifestation : celles où le vent transforme les bâches en voiles, où les goélands s’improvisent critiques d’art et où l’océan s’impose comme commissaire de l’exposition. Un texte savoureux et plein d’embruns, pour nous décrire l’âme unique d’un festival installé en plein port de pêche.

Dans une galerie à ciel ouvert, l’art circule avec l’air du large. Tel est le paradoxe du Festival Photo la Mer en Partage du Guilvinec/Léchiagat, où l’on regarde des photos de la mer alors que l’océan est partout. S’y rendre, c’est accepter d’emblée un pacte tacite avec les éléments : vous venez pour l’art, la nature vous offre le spectacle. Imaginez la scène : vous contemplez avec émotion un cliché grand format d’une tempête hivernale. Soudain, une rafale de vent peut transformer la bâche de l’exposition en voile de navire prêt à quitter le port et menace de vous emporter avec elle. Si le festival ne s’attarde pas sur les quais à la fin de l’automne, c’est que d’expérience les premières tempêtes peuvent être sans pitié transformant les installations en champs de bataille.

© Bruno Estrade

La faune locale, elle, ne manque pas de sens critique. Alors que vous vous penchez pour admirer les détails d’un portrait de marin, un goéland, tel un faussaire aérien, décide de signer l’œuvre de son empreinte personnelle. Pire encore, ces messieurs les volatiles ont un goût prononcé pour la gastronomie locale ; il n’est pas rare de découvrir, au détour d’une série marine, les restes d’une demoiselle langoustine qu’ils ont gracieusement relâchée sur votre chemin, rappelant que la chaîne alimentaire est aussi une installation artistique éphémère.

© Audrey Zaltron

Et pour couronner le tout, alors que vous êtes concentré sur des images ensoleillées des tropiques, les embruns d’une vague vous ramènent à la réalité. C’est une façon de vous rappeler que l’océan est le véritable commissaire de ce festival.

Malgré ces péripéties salées et venteuses, c’est précisément cette alchimie brute entre l’art, le vent et l’iode qui fait l’âme unique d’un festival installé dans un port.

INFORMATIONS PRATIQUES

sam30mai9 h 00 minmer30sep20 h 00 min16ème édition du Festival Photo l’Homme et la Mer du GuilvinecLa mer en partage OrganisateurFestival Photo l’Homme et la Mer du Guilvinec

La Rédaction
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