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Partager Partager La Chapelle Bon-Pasteur, à Draguignan (Var), accueille le premier volet de l’exposition « Autour d’Édith Piaf » dont le fil conducteur est la photographie. Des clichés inédits démystifient la vie de cette légende de la chanson française. Sur deux autres sites (le Pôle culturel Chabran Conservatoire de Musique à Draguignan et la Médiathèque intercommunale de Salernes), des photos de scène révèlent l’artiste à l’Olympia et à la Salle l’ABC, à Paris. Créer le mythe Piaf Chapelle Bon Pasteur, Draguignan © Fatma Alilate Au chœur de la Chapelle Bon-Pasteur, la petite robe noire semble incarnée par le petit bout de femme d’1 mètre 47. Cette tenue de scène portée dans les années 1930 symbolisait les origines populaires d’Édith Piaf (1915-1963), Édith Giovanna Gassion de son vrai nom. Femme la plus photographiée en France dans les années 1950, Piaf était aussi une redoutable conseillère en image. Yves Montand qui a été un de ses protégés et amants se présentait sur scène en costume noir, dans une silhouette identifiable comme Piaf, visage et mains sous la lumière des projecteurs. « Elle avait la manie de diligenter la vie de ses proches, et décidait de tout. Elle a marié Danielle Bonel, sa secrétaire particulière, avec son accordéoniste », commente Fabrice D’Agosto Bacquart, commissaire de l’exposition Autour d’Édith Piaf. photo par Charles Sinclair copyright Collection Anthony Berrot La déambulation poétique valorise des aspects méconnus et s’ouvre sur la genèse. Édith Piaf vient d’une famille d’artistes sur plus de deux générations à l’exception de sa grand-mère paternelle, tenancière d’une maison close mais un temps artiste de cirque. Édith Piaf n’est pas née dans le plus grand dénuement sur les marches d’une maison de Belleville contrairement à ce qui est annoncé sur une plaque commémorative. Pendant sa petite enfance, elle vit chez sa grand-mère Emma Saïd Ben Mohamed (1876-1930) – d’origine Kabyle et italienne, née de parents artistes de cirque. Sa mère Annetta Maillard (1895-1945), la chanteuse Line Marsa, la délaisse et part en tournées. C’est son père Louis Alphonse Gassion (1881-1944) revenu du Front pendant la période de la Première Guerre mondiale qui constatant son état la confie à son autre grand-mère Léontine Deschamps, en Normandie. Édith Piaf grandit entourée de prostituées, dans un certain confort. Des photos la montrent rubans dans les cheveux. Très proche de son père, artiste acrobate, c’est avec lui qu’elle débute, elle a alors à peine dix-douze ans, et chante dans la rue. A la fin des spectacles, des cartes représentant Louis Gassion, contorsionniste, sont distribuées au public. Elles sont à découvrir avec celles de Miss Édith, enfant de la balle. Sur des photographies d’archives aux côtés de son père et de ses compagnes, elle est habillée de façon élégante, dans le style des années Folles. « Ces photos ont été interdites de diffusion par Piaf, parce qu’elle voulait vraiment créer le mythe Piaf. On voit bien que ce n’était pas du tout la misère noire. Elle les a données au parolier Raymond Asso qui l’a découverte. » Au travers de photos, d’affiches et d’articles de journaux, le profil très reconnaissable de sa mère Line Marsa côtoie ses écrits : elle sollicite l’aide pécuniaire de sa « petite fille ». Édith Piaf refuse de la revoir, mais par sa secrétaire Danielle Bonel, elle lui envoie de l’argent et des colis alimentaires. D’autres documents attestent d’arrestations pendant la Seconde Guerre mondiale – Line Marsa est incarcérée pour vagabondages, et ne peut justifier de papiers d’identité sous le Gouvernement Vichy. théâtre ABC photo par Charles Sinclair copyright Collection Anthony Berrot Charles Sinclair, photographe marseillais Une photographie inédite de Marcelle Dupont, sa fille décédée en bas âge d’une méningite, a été retrouvée dans un pendentif, par le collectionneur Anthony Berrot. Ce passionné a mis à disposition l’ensemble de son impressionnante collection. De nombreuses pièces ont été léguées par Danielle Bonel et son mari. Anthony Berrot a été associé au parcours artistique par la réalisation d’un pan de mur constellé de pochettes de disques, des raretés. « Il a des milliers et des milliers de photos. C’est impressionnant. Il a fallu faire des choix pour une progression thématique et par période », explique Fabrice D’Agosto Bacquart. Le photographe marseillais Charles Sinclair occupe une place particulière : « C’est le premier photographe qui l’a vraiment magnifiée à la façon des studios Harcourt. Donc on voit bien l’avant, et l’après avec les poses des chanteuses réalistes, une dramaturgie. » théâtre ABC photo par Charles Sinclair copyright Collection Anthony Berrot Fin des années 1940 à New York, Édith Piaf est souriante aux côtés de Marlène Dietrich, une de ses grandes amies, témoin de son premier mariage. « Là, on a une photo assez amusante, la première télévision aux États-Unis où elle était fardée. Elle a un brushing comme les starlettes. Bon, c’est vite revenu à l’origine, elle n’avait pas besoin de ça ! », dit en riant le commissaire d’exposition. « Pour cette photo au Carnegie Hall, je pensais que c’étaient des musiciens, mais pas du tout ce sont les spectateurs. C’était tellement plein que les spectateurs étaient sur la scène. » La période américaine est la plus heureuse, elle rencontre Marcel Cerdan. Deux affiches sont exceptionnellement conservées, l’une est une épreuve préparatoire, un bon à tirer (BAT), et aurait dû être détruite. Cette pièce unique a été peinte par Douglas Davis dont Piaf a été très amoureuse, se déplaçant jusqu’aux Etats-Unis pour demander sa main à ses parents. L’affiche de l’exposition, un portrait poétique de Piaf, a été conçue par Éléonore Dadoit Cousin dont huit collages inspirés des plus célèbres chansons sont proposés sur différents espaces. Il y a un côté Sixties et beaucoup de fraîcheur. En fin de parcours, sous vitrines, des objets du quotidien révèlent des traits de la personnalité de Piaf, et ses addictions : « Alors, ça n’a l’air de rien cette petite boîte-là en carton, c’est une boîte de médicaments délivrée par les médecins américains, de la drogue dure. » La rencontre se poursuit sur deux autres sites où la photo de scène est à l’honneur : les concerts à l’Olympia en 1961 photographiés par Danielle Bonel, au Pôle culturel Chabran à Draguignan, et vingt ans plus tôt, en 1941, Piaf à la Salle l’ABC, série inédite du photographe Charles Sinclair, à la Médiathèque de Salerne. – Fatma Alilate INFORMATIONS PRATIQUES Exposition Autour d’Édith Piaf Jusqu’au 27 juin 2026 Chapelle du Bon-Pasteur / Artothèque, Draguignan. Pôle culturel Chabran (Conservatoire de Musique), à Draguignan et Médiathèque intercommunale, à Salernes. Marque-page0
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