Zanele Muholi, artiste photographe et activiste visuel·le sud-africain·e non binaire, vient de remporter le prix Hasselblad pour son engagement et la mise en avant des communautés LGBTQIA+ noires en Afrique du Sud et à l’échelle internationale, redéfinissant ainsi les débats autour de la représentation, de l’identité et des droits humains. Doté de plus de 185 000 euros, ce prix est l’un des plus importants consacrés au médium dans le monde et est organisé chaque année par la Fondation Hasselblad. Une grande exposition personnelle ouvrira ses portes au Centre Hasselblad de Göteborg en octobre prochain.

Portrait de Zanele Muholi © Ikram Abdulkadir

« Ce prix ne m’appartient pas uniquement. Je le porte avec les nombreux visages, noms et histoires qui m’ont fait confiance en me confiant leurs récits. D’Umlazi à tous les endroits où les personnes noires LGBTQIA+ continuent de se battre pour vivre librement, cette reconnaissance affirme que nos vies méritent d’être vues, non pas comme des statistiques ou des ombres, mais comme des êtres humains à part entière. Depuis des années, mon travail porte sur la visibilité et la résistance. Il s’agit de créer des archives afin que personne ne puisse dire : « Nous ne savions pas ». Ce prix, je le reçois au nom de ma communauté : ceux qui ont été effacés, ceux qui sont encore là et ceux qui n’ont pas encore vu leur dignité reconnue. »

La Fondation Hasselblad récompense chaque année, depuis 1980, un·e photographe pour son engagement au long cours. De grands noms internationaux comptent parmi la quarantaine de lauréat·es : Henri Cartier-Bresson, Édouard Boubat, Richard Avedon, Cindy Sherman, Nan Goldin… Zanele Muholi succède ainsi à la photographe française Sophie Ristelhueber, qui a été nommée lauréate l’an passé.

Bona III. ISGM, Boston, 2019
© Zanele Muholi. Courtesy Yancey Richardson, New York and Southern Guild, Cape Town.

Il y a trois ans, lorsque Simon Baker programme Zanele Muholi à la MEP, il ne se doutait probablement pas qu’il réussirait à faire exploser les compteurs de fréquentation et à attirer de nouveaux publics. Ce dernier point étant probablement l’un des principaux enjeux d’une telle institution. Sans conteste, Zanele Muholi est l’un·e des photographes contemporain·es les plus influent·es. L’impact de son travail dépasse largement le monde de l’art. Iel utilise le portrait pour exprimer et célébrer la présence, la profondeur et la dignité de la communauté noire LGBTQIA+ en Afrique du Sud et dans le reste du monde.

Katlego and Nosipho, 2007
© Zanele Muholi. Courtesy Yancey Richardson, New York and Southern Guild, Cape Town.

Né·e en 1972 sous le régime de l’apartheid, iel est très conscient·e du pouvoir de la narration face à la violence systémique. Les photographies de Muholi sont formellement captivantes, utilisant la composition, la couleur, les nuances de gris et l’éclairage pour créer un langage visuel habile qui allie force et vulnérabilité. Les portraits mettent en avant des individus au regard direct et digne, remettant en question les préjugés et la discrimination tout en créant des récits visuels alternatifs. L’activisme et le travail communautaire font partie intégrante de sa pratique, qui combine urgence politique et maîtrise formelle, faisant de Muholi une figure centrale de la culture visuelle queer mondiale.

ID crisis, 2003
© Zanele Muholi. Courtesy Yancey Richardson, New York and Southern Guild, Cape Town.

Le jury était composé d’Anna Planas (présidente du jury et Directrice artistique, Paris Photo), Johan Sjöström (Conservateur, Musée d’art de Göteborg) Oluremi C. Onabanjo (Conservatrice), Peter Schub (Département de photographie, Musée d’art moderne, New York), Raquel Villar-Pérez (Chercheuse indépendante, écrivaine et conservatrice. Doctorante à l’Edinburgh College of Art, Université d’Édimbourg), Shoair Mavlian (Directrice, Photographers’ Gallery, Londres) et Tawanda Appiah (Conservateur, Skånes konstförening, Malmö).

À LIRE
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Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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