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Partager Partager Nichée à deux heures de Pékin, au pied de la Grande Muraille, dans la vallée de JinShanLing, un groupe immobilier propose un refuge, propice à la redécouverte de soi. Il vise également à favoriser le dialogue entre la scène artistique chinoise et les institutions occidentales. Après Paris, Le Clézio Gallery intègre cet éco système singulier, nommé Aranya, issu du sanscrit qui désigne « un lieu serein, au-delà du monde ordinaire ». Un nouvel espace d’expositions vient d’être inauguré avec deux artistes : le photographe Eric Poitevin et Elsa Salonen, artiste pluridisciplinaire. Vue d’exposition, « Avant les mots », avec Eric Poitevin et Elsa Salonen, du 1er juin au 15 août 2026, Le Clézio Gallery, Aranya JinShanLing. Photo : Zhang Hui © Eric Poitevin / Elsa Salonen / Le Clézio Gallery Fin XIXe siècle, au Royaume-Uni, William Robinson défend l’idée de laisser vivre les plantations vivaces rustiques, mêlant les espèces locales et variétés acclimatées, sans intervention. Le paysagiste Gilles Clément, cité par Eric Poitevin a prolongé cette intuition, dès 1985, autour de l’idée de travailler avec le vivant plutôt que contre lui. Eric Poitevin vit en Lorraine à la campagne. Il souhaite prendre soin des végétaux, qui grandissent sur ses terres. Les plus vulnérables et les invisibles retiennent particulièrement son attention. C’est surtout la reconquête du temps, pour un jardin indiscipliné en quelque sorte, mais pas laissé à l’abandon. Il se focalise sur des espèces végétales des prairies, vagabondes et simples, à peine visibles dans le tohu-bohu d’un environnement destructeur. Il les choisit en fin de vie, asséchées, pratiquement sans feuille : il n’en reste qu’une tige, telle une ligne verticale placée au centre de la photographie, sur fond blanc. Blanc immaculé sans ombre, par ce geste très « clinique », très minimaliste, très rigoureux. Devenant fétiche peut-être, elle apporte une intériorité réfléchissante, celle qui persiste longtemps par l’attrait d’un regard, loin des bruits nombreux entremêlés. Les végétaux se dressent dans une posture assurée, réduite à leur essence et ne dessinant que des courbes parfois, des chemins, sûrement. Eric Poitevin, « Sans titre », 2014, impression jet d’encre, 115 x 92 cm, Edition 2/5. Photo © Eric Poitevin / Le Clézio Gallery Le photographe n’a pas de parti-pris écologiques, mais révèle la flore dans sa réalité, sans artifice. Le regardeur alors prend son temps pour suivre la ou les lignes reproduites par les distorsions ou pas de la fleur. Au départ, son regard glisse, puis, aussitôt il revient en arrière pour s’attarder et là, il ne peut plus se détacher et s’attarde pleinement sans contrainte. L’oeil suit son déploiement dans sa plus simple expression, selon la volonté express du photographe qui ne revendique aucun parti-pris, aucune revendication quelconque sur son devenir et son mode de vie, non elle est là qui s’impose d’elle-même, presque squelettique (ce qui pourrait nous amener vers le travail strictement formel d’Elsa Salonen). Eric Poitevin, « Sans titre », 2014, impression jet d’encre, 151 x 120 cm, Edition 2/5. Photo © Eric Poitevin / Le Clézio Gallery Il s’interroge sur son mode de vie, selon un protocole strict, qui est-elle en fait ? Sur les métamorphoses, les trajets de vie, l’évolution, la compréhension des contours, le temps qui s’inscrit dans le creux de la tige, la transformation de la matière. Ainsi, de la matière perçue, l’attention se porte sur la capacité pénétrante de la manifestation de l’existence et non plus de l’existant. Vue d’exposition, « Avant les mots », avec Eric Poitevin et Elsa Salonen, du 1er juin au 15 août 2026, Le Clézio Gallery, Aranya JinShanLing. Photo : Zhang Hui © Eric Poitevin / Elsa Salonen / Le Clézio Gallery Elsa Salonen, « We Are All Made of Stardust (Cygnus) », 2017, poussière de météorite en pierre et fer sur verre, étagère en métal, 100 x 150 cm. © Elsa Salonen / Le Clézio Gallery Loin de reproduire la nature, Elsa Salonen choisit de la transformer. Profondément influencée par l’alchimie, l’artiste choisit de fixer le volatil. Elle extrait des pigments des plantes, les conserve dans des fioles de verre qui se situent à côté des fleurs décolorées. Elsa Salonen pratiquait la peinture d’où le goût pour les pigments et la couleur. Ainsi récoltés, elle pourrait d’ailleurs les utiliser : elle ne l’exclut pas. Dans le culte de la nature finlandais, il existe une croyance en un esprit gardien (haltija) qui protège l’environnement et influence son bien-être. La mythologie finlandaise est un mélange unique de dieux puissants, d’esprits et de créatures sacrées, nés d’un lien profond entre l’humain et la nature. Ces récits intemporels sont bien plus que de simples légendes : ils sont le reflet d’une attention passée sur le monde, encore vibrant aujourd’hui. L’artiste, imprégnée de cette culture va plus loin, et explore par les moyens de techniques scientifiques, avant qu’elle ne songe à faire émerger l’existence, la façon de démontrer, que derrière les apparences, il y a une nature « naturante » qui permet aux choses d’exister. Récemment, la science « officielle » redécouvre l’unité du vivant, l’ordre organique de l’univers, selon des historiens. L’alchimie, préfiguration de la chimie actuelle, est une science de la transformation. Comme l’artiste, elle s’intéresse à ce qui se tient à l’arrière-plan des forces visibles. Elsa Salonen, « We Are All Made of Stardust (Apus) », 2017, poussière de météorite en pierre et fer sur verre, étagère en métal, 100 x 45 cm. © Elsa Salonen / Le Clézio Gallery Elsa Salonen utilise exclusivement des pigments naturels pour ses créations, broyant des os d’animaux, des coquillages, des plantes pour en extraire de la substance. Tout son processus d’élaboration converge vers l’idée qu’il n’y a pas d’opposition entre matière et esprit. C’est ce que Carl Gustav Jung (1875-1961) avait intégré dans le concept de nature philosophe. L’artiste relie la transformation chimique des plantes à l’évolution macroscopique de l’univers. « La matière est de l’esprit en sommeil » affirmaient certains philosophes. Lorsque ses pigments récoltés sont mélangés à de la poudre de météorites ou à des minéraux anciens, Elsa Salonen suggère que la vie sur terre et la poussière d’étoiles ont la même origine. Elle devient celle qui contemple le jeu des vraies lois qui régissent la matière pour l’esprit, telle l’alchimiste. L’exposition explore deux propositions : celle des énergies créatrices qui sommeillent dans les corps inertes, par la photographie et de l’autre par les traces de ce qui a préexisté. Elle prend alors tout son sens comme vision d’une humanité qui a la capacité de détachement spirituel. INFOS PRATIQUES Avant les mots Eric Poitevin & Elsa Salonen: Jusqu’au 15 août 2026 Le Clézio Gallery Building 14-07, Aranya JinShanLing, district de Luanping, Chine. Mardi — Dimanche, 9h — 18h https://www.lecleziogallery.com Marque-page0
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