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Partager Partager Interview Art ContemporainOtherSide Exclusivité : Art-o-rama annule son édition 2020, Véronique Collard Bovy et Jérôme Pantalacci nous disent pourquoi Marie-Elisabeth De La Fresnaye27 mai 2020 Temps de lecture estimé : 6minsSignal fort dans le panorama de l’art en région sud, Provence-Alpes-Côte d’Azur et au-delà, Art-O-Rama a su depuis 13 ans s’imposer par son format pointu et convivial et sa dynamique internationale. Mais le contexte de crise actuelle a eu raison de cette édition 2020 qui se voit annulée. Véronique Collard Bovy (directrice générale de Fræme, et Jérôme Pantalacci, (directeur d’Art-o-rama) reviennent sur cette décision qui vise à garantir la pérennité et le futur de son succès. « Trop d’incertitudes à éclaircir et de contraintes à respecter demeurent, pour vous garantir notre rencontre entre des publics et des œuvres, entre des collectionneur·se·s et des galeristes, entre des professionnel·le·s et des artistes… » – VCB & JP Marie de la Fresnaye : La 14ème édition d’Art-0-Rama est annulée, comment avez- vous pris cette difficile décision ensemble ? Véronique Collard Bovy & Jérôme Pantalacci : Cette décision à été prise en concertation avec notre comité artistique et notre conseil d’administration. Nous avons dialogué avec la profession dans son ensemble afin de recueillir auprès des galeristes, collectionneur·se·s, artistes, technicien·ne·s, leurs sentiments et analyses d’une situation présente et d’un avenir proche. Cette décision s’est imposée comme une évidence. Personne, galeristes, comme collectionneurs, n’est dans l’état d’esprit de participer à une foire. Notre rendez-vous, dans la multiplicité des rencontres professionnelles et artistiques qu’il favorise, ne peut avoir lieu. Le monde est touché par cette crise sanitaire anxiogène et par la crise économique dont nous ne mesurons pas encore la portée totale. Les galeries ont besoin de se reconcentrer sur leur activité au sein de leur propre espace, où elles sont en capacité d’accueillir les visiteur·se·s dans des conditions adaptées à la situation. Nous vivons une période de fort ralentissement. À partir de ces constats, nous n’avions d’autre choix que d’annuler l’édition de cette année. La maintenir nous mettait en péril tout autant que les exposant·e·s qui nous font confiance depuis maintenant 13 éditions. MdF : Comment accompagnez-vous les galeries face à ce qui représente une épreuve dans un contexte déjà instable ? VCB & JP : Notre première responsabilité, et c’est la raison de notre choix d’annuler, est de ne pas entraîner les galeries à engager des frais dans une action trop aventureuse. Nous avons toujours eu une politique tarifaire très basse, et avons toujours été soucieux de limiter au maximum la pression économique sur les galeries. Elles sont nos premiers clients, et nous devons mettre tout en œuvre pour les satisfaire. Si nous voyons que les conditions ne sont pas réunies, et que nous ne sommes pas en capacité de les réunir, c’est notre responsabilité d’être honnête et en dialogue avec elles. L’annulation d’Art-o-rama a été très bien acceptée et comprise par toutes les galeries qui avaient postulé. Pour autant elles mettaient beaucoup d’espoir dans cette édition, les attentes étaient immenses, et pour nous également. Si nous avions pu raisonnablement maintenir notre rendez-vous, cela aurait été un signe fort et positif dont tout le monde a besoin et envie. La situation impose cette décision. Nous avons donc décidé de rembourser les frais de dossier aux galeries qui le souhaitent, ou de les reporter à l’année prochaine. C’est une somme modeste, mais vu la situation actuelle, ça n’est pas négligeable. Un tiers ont fait le choix du remboursement. MdF : Art-O-Rama contribue au rayonnement de toute la région, quel bilan de la période est à prévoir sur l’écosystème de l’art ? VCB & JP : Comme partout, l’écosystème de l’art dans la région est au ralenti. Tous les projets sont reportés ou annulés. L’essentiel de cet écosystème est porté par des institutions et des structures associatives. Il y a un impact financier, mais amoindri du fait du soutien des collectivités territoriales. Dans la Région celles et ceux qui sont le plus touché·e·s sont probablement les indépandant·es impliqué·e·s dans la logistique et le montage des expositions. Pour eux.elles chaque projet annulé entraîne une perte de revenu. Et beaucoup d’entres elles et eux sont artistes. C’est pour elles et eux que la situation est la plus difficile. Pour tous les artistes et indépendant·e·s. En terme d’activité commerciale, l’impact n’est bien entendu pas le même qu’à Paris. La France reste très centralisée. Il y a peu de galeries en dehors de Paris. Pour autant, cela ne veut pas dire que toute l’activité française se résume à la capitale. Pour les quelques galeries installées à Marseille et dans la Région, la crise aura également un impact. Un point positif de cette crise est le développement des plateformes numériques. Qu’elles soient directement liées à la galerie ou externes. Et là, peu importe qu’on soit à Paris, New York, Marseille ou n’importe où, l’accès est le même. C’est peut-être là une chance à saisir de la part des galeries situées en périphérie. MdF : Quel est l’impact de cette crise au niveau de Fræme qui notamment propose des expositions au sein des espaces de la Friche la Belle de Mai ? VCB : L’ensemble de la programmation a été soit annulée soit reportée à 2021. Notre modèle d’organisation repose sur un fort taux de ressources propres, qui contribue pour partie en charges pour la mise en œuvre des expositions. Cette crise aura fragilisé l’ensemble des missions de la structure. Ces lourdes décisions que nous avons dû prendre ont des conséquences immédiates sur notre écosystème. Nous essayons, en tant qu’acteur·rice de territoire, d’œuvrer à la prise de décisions collectives qui pourraient alléger les effets de la crise sur les plus vulnérables de notre discipline, au premier titre desquels sont les artistes et travailleur·e·s indépendant·e·s. MdF : Pensez-vous que le monde de l’art saura tirer durablement les leçons de cette alerte ? VCB & JP : La crise actuelle a vu naitre, principalement dans les grands centres d’activités, mais pas uniquement, de nombreuses collaborations entre les galeries, à la fois online (not canceled art fair, David Zwirner Platform, etc … ) et réelle (Emmanuel, restons unis, chez Perrotin, Ropac qui accueille Jeune Création). Espérons que ces actions collaboratives perdureront et que la responsabilité des acteurs établis envers de plus jeunes et émergents se renforcera. Il y a également un recentrage de l’activité au sein des espaces propres des galeries. Et bien entendu le développement du online. La crise a accéléré ce mouvement, c’est une évidence. Et cela va continuer et se renforcer. Nous souhaitons participer activement au changement de paradigme qui s’impose à nous. Nos formats et nos programmations ont toujours tenté de répondre aux enjeux de notre époque. La programmation et les actions alternatives que nous mettons en place ont pour objectif d’accélérer ces processus, de les amplifier et d’y contribuer en gardant à l’esprit les principes de solidarité indispensables aujourd’hui. https://art-o-rama.fr/ A LIRE : Rencontre avec Jérôme Pantalacci, directeur d’Art-o-rama Art-O-Rama 2017 coups de cœur et immanquables ! Marque-page0
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