Takako Kido développe depuis plus de vingt ans une œuvre photographique attentive aux gestes invisibles du quotidien. Entre New York et le Japon, son travail explore les territoires fragiles de l’intimité, de la mémoire et de la présence, voire ces moments silencieux qui échappent souvent au regard. Récemment, Takako Kido a présenté son exposition personnelle Skinship à IBASHO Gallery, accompagnée de la publication de son premier livre d’artiste portant le même titre.

Le terme japonais « skinship » désigne le lien intime, physique et émotionnel entre les membres d’une famille, en particulier entre la mère et l’enfant. Publié en édition limitée à 250 exemplaires, l’ouvrage évoque également la disparition progressive de certaines pratiques traditionnelles japonaises d’éducation et de proximité familiale sous l’influence des modèles parentaux occidentaux, tout en réaffirmant l’importance du toucher et de l’attachement dans les relations humaines contemporaines.

Le premier album photographique de Takako Kido Skinship édité par IBASHO Gallery, 2026.

Qu’il s’agisse des fragments de vie capturés dans The Ordinary Unseen, des paysages hantés par l’absence dans The Unseen après le tsunami de 2011, ou encore de la série Skinship consacrée au contact peau à peau au sein de la famille, Kido photographie ce qui se situe à la frontière du visible : l’émotion, la tendresse, la disparition. À travers des images proches du corps ou au contraire traversées par une grande douceur contemplative, la photographe japonaise interroge les différences culturelles dans la perception de l’intimité, tout en cherchant ce qui demeure universel : l’amour, le soin, le lien.

© Takako Kido, Skinship

Pouvez-vous nous parler de votre parcours photographique ? Qu’est-ce qui vous a amenée de l’économie à la photographie ?

Au départ, je voulais étudier la photographie à l’université, mais les frais d’une école d’art étaient trop élevés pour ma famille. J’ai donc décidé d’aller à l’université Soka, qui était une très bonne école, mais qui n’avait pas de section artistique ; en revanche, les frais n’étaient pas trop élevés et il y avait de nombreuses opportunités d’étudier à l’étranger. Je voulais apprendre l’anglais ou le français afin d’étudier la photographie un jour à New York ou à Paris. À l’université, j’ai continué la photographie au sein du club photo et finalement je n’ai pas beaucoup étudié l’économie.

Comment votre expérience à l’ICP de New York a-t-elle façonné votre perspective ou votre approche de la photographie ?

Peu de temps après avoir commencé à étudier à l’ICP, j’ai réalisé que j’essayais toujours de faire de « belles » photos, ce qui n’était pas bon ! À Tokyo, j’avais travaillé plusieurs années comme photographe commercial. Je prenais des photos qui plaisaient à mes clients. Mais je savais que je devais prendre des photos pour moi et trouver ma propre voix. C’était difficile de changer ces mauvaises habitudes ou ce style. C’est ainsi, que j’ai commencé à essayer de ne pas faire de « belles » photos.

© Takako Kido, The ordinary unseen (2003–2008)

Quelle était votre relation aux images durant votre enfance ou votre jeunesse au Japon ? Vous souvenez-vous de votre premier appareil photo ?

Quand j’étais enfant, mes parents avaient un appareil photo. Ils prenaient des photos et ma mère les conservait dans de nombreux albums avec des légendes. J’aimais les regarder quand j’étais petite. Très récemment, j’ai découvert que ma mère avait jeté la plupart de ces photos, ce qui est très triste. Je pense qu’elle se prépare à sa mort. Elle essaie de se débarrasser de tout ce qu’elle peut pendant qu’elle est encore en bonne santé. J’ai eu mon premier appareil photo quand j’étais au lycée. J’ai commencé la photographie au club photo de mon lycée. J’avais acheté un appareil, mais j’ai oublié de quelle marque il s’agissait.

© Takako Kido, The ordinary Unsen (2003–2008)

Votre première série, The Ordinary Unseen (2003–2008), a été réalisée à New York pendant une période de transition pour vous. Comment le titre est-il apparu ? Qu’est-ce qui était “invisible” pour vous à ce moment-là ?

Quand j’ai montré la série The Ordinary Unseen au patron de mon petit ami, qui était chiropracteur, il m’a dit : « Votre travail me fait penser à Röntgen, qui a inventé les rayons X. Son invention révélait l’ordinaire invisible. » J’ai immédiatement pensé que ce serait le titre de ce travail !

Il semble que The Ordinary Unseen fonctionne comme un journal visuel intime. Cette série est-elle une manière de préserver la mémoire personnelle, ou plutôt une exploration esthétique ?

Juste après mon arrivée à New York, j’ai pris beaucoup de photos. La vie et le quotidien à NY étaient excitants et intéressants, mais peu à peu j’ai commencé à avoir l’impression de ne plus vouloir prendre de photos. Je ne comprenais pas très bien l’anglais dans les cours de l’ICP, ce qui me frustré et me rendait parfois dépressive. Il était difficile de se faire des amis. Je n’avais pas de petit ami. L’argent sur mon compte épargne diminuait parce que je ne travaillais pas. Je me sentais misérable, même si j’étais au cœur d’un de mes grands rêves. Mais, je savais que j’étais venue à New York pour la photographie… Alors j’ai décidé de prendre au moins une photo chaque fois que je me sentais triste, seule ou déprimée. Peu importait si c’était une “belle” photo ou non. J’ai continué ainsi, et progressivement j’ai commencé à voir quelque chose de beau qui m’échappait dans mon quotidien effréné : des gouttes d’eau sur la fenêtre dans une pièce sombre, le reflet dans une flaque sous la pluie la nuit, les lumières de la rue dans le brouillard… Finalement, j’ai compris que je collectais des moments précieux qui avaient toujours été là mais étaient invisibles à mes yeux. Ainsi, The Ordinary Unseen est à la fois un journal intime et une exploration esthétique.

© Takako Kido, The ordinary Unsen (2003–2008)

Pourquoi photographier l’ordinaire ? Est-ce une façon de ralentir, de créer une forme de résistance au spectaculaire ?

En travaillant sur The Ordinary Unseen, j’ai compris que le spectaculaire ou l’extraordinaire existe dans mon quotidien. C’est pour cela que je photographie les jours ordinaires. Je n’ai pas besoin de chercher ailleurs.

Comment est née la série Skinship (2012–) ? Était-ce conçu dès le départ comme une série, ou s’est-elle structurée au fil du temps ?

J’ai été arrêtée à New York parce que j’avais déposé des films au drugstore. Les photos étaient des instantanés de notre vie quotidienne, que mon petit ami (qui est maintenant mon mari) et son fils issu d’un précédent mariage prenaient de manière aléatoire. Parmi elles, il y avait quelques photos nues du garçon et de nudité familiale. Nous nous baignions et dormions ensemble. La nudité au sein de la famille à la maison n’était pour nous pas un problème. En faisant beaucoup de recherches pour expliquer ces photos à nos avocats, j’ai compris que je devais parler du terme japonais skinship, car j’ai découvert que le skinship nous semblait complètement naturel, mais qu’il était inacceptable aux États-Unis.

Plus tard, de retour au Japon, en 2012, j’ai eu mon fils Taiyo. Notre relation peau à peau était tout simplement naturelle pour nous. J’ai su que je devais photographier pour m’exprimer et j’ai commencé à faire des autoportraits.

© Takako Kido, Skinship (2012–)

Que signifie pour vous le terme japonais «skinship» ? Est-il chargé culturellement au Japon ?

Skinship est un mot japonais formé à partir de l’anglais. Je pense que les familles pratiquant beaucoup de skinship sont très proches. Ce terme me transmet un sentiment chaleureux. Ce n’est pas vraiment “chargé culturellement”, mais c’est un concept que les Japonais utilisent beaucoup dans la vie quotidienne. Au Japon, le skinship est souvent considéré comme un moyen de renforcer les liens familiaux et comme important pour le développement sain de l’enfant.

Pourquoi avez-vous choisi de représenter la relation mère-enfant ? Est-ce lié à votre expérience personnelle, à une observation culturelle, ou à une nécessité artistique ?

J’ai commencé à photographier la relation mère-enfant en faisant des autoportraits, car notre meilleur skinship était l’allaitement. J’avais l’impression d’allaiter mon fils tout le temps lorsqu’il était bébé. Ensuite, j’ai élargi mon sujet à mon mari, mes parents et aux amis de mon fils en observant sa croissance.

Quelles ont été les réactions de vos modèles ou de leurs familles en voyant les images ?

En général, ils aiment les images que je réalise. Ils s’habituent à mes photos. Quand ils ont autre chose à faire, mes photos ne les intéressent pas particulièrement.

Vous avez été arrêtée à New York alors que vous photographiiez un moment très intime et tendre. Comment avez-vous vécu ce choc culturel ?

Les photos pour lesquelles j’ai été arrêtée n’étaient pas liées au projet Skinship. Je n’avais pas encore commencé ce projet à l’époque. Les photos étaient des instantanés de moments familiaux à la maison, que moi et le fils de mon mari issu d’un précédent mariage prenions avec mon appareil compact. Au début, je ne comprenais pas ce qui se passait. En parlant avec mon avocat, j’ai réalisé que quelque chose de complètement naturel était inacceptable aux États-Unis. J’ai pensé que cela pouvait être le skinship. Mais comme l’idée de skinship m’était complètement naturelle, je n’y avais même jamais réfléchi auparavant. Je n’avais pas les mots pour l’expliquer. C’est ainsi que j’ai commencé à me documenter sur le skinship, pour comprendre pourquoi ce choc culturel et ce malentendu étaient survenus.

© Takako Kido, Skinship (2012–)

Le skinship peut être perçu comme tendre ou perturbant selon le prisme culturel. Pensez-vous que l’intimité est universelle, ou est-elle toujours interprétée à travers un contexte culturel ?

Oui, je crois que l’intimité et l’amour sont universels. Les manières de les exprimer peuvent toutefois varier selon les cultures. En montrant différentes façons de communiquer, je souhaite transmettre des sentiments universels tels que l’amour, la chaleur, le sentiment de sécurité, et ainsi de suite. Je crois que lorsque l’on regarde des photos, si l’on peut comprendre ces sentiments universels, on peut aussi comprendre les différences. La photographie a ce pouvoir.

© Takako Kido, Skinship (2012–)

Vos images sont souvent très proches, cadrées de manière serrée autour des corps. Pourquoi ce choix ? Est-ce une façon de créer de l’intimité avec le spectateur ?

Je souhaite transmettre la douceur, la tendresse et la chaleur de la peau et du skinship à travers ces images.

Comment choisissez-vous vos modèles ? Et comment établissez-vous la confiance avec eux, surtout pour un projet aussi intime ?

Mes modèles sont ma famille. Comme je les photographie au quotidien, ils se sont habitués à être pris en photo. J’ai pensé un temps photographier d’autres familles, mais j’ai vite compris que ce n’était pas important. Le skinship se produit généralement à la maison. À moins de vivre avec quelqu’un, je ne peux pas réaliser de photos intimes de skinship. Même si je pouvais, je ne pense pas que de telles photographies pourraient être facilement montrées publiquement, car dans la société japonaise encore largement patriarcale, les maris sont souvent réticents à autoriser ce type de visibilité.

Pensez-vous que votre travail contribue à remettre en question des tabous ou à ouvrir un dialogue sur l’intimité dans nos sociétés ?

Je l’espère !

Takako Kido, Skinship (2012–)

Est-ce que Skinship a changé votre relation personnelle à la maternité, à la famille ou au corps ?

En travaillant sur le projet Skinship, j’ai commencé à comprendre ce que cela signifiait pour ma propre mère de devenir mère. Elle aime les fleurs et enseigne également l’ikebana (arrangement floral japonais traditionnel). En élevant deux enfants, elle n’avait probablement aucun temps à consacrer à l’ikebana, et elle n’avait aucune aide de mon père pour l’éducation. Pas étonnant qu’elle ait été si frustrée. Mon père est un homme gentil. Mais au Japon dans les années 1970, hommes et femmes croyaient simplement que l’éducation des enfants et les tâches domestiques étaient le rôle des femmes. L’éducation de mes enfants a dû être bien plus difficile pour ma mère que pour moi. J’ai finalement réalisé que nous étions toutes les deux des artistes et que nous étions deux âmes semblables.

En allaitant mon fils, j’ai compris que ma mère m’avait allaitée de la même manière. Elle devait sûrement lui dire avec amour : « Je t’aime, tu es si précieux », encore et encore. J’étais juste trop petite pour m’en souvenir. Quand je prends des photos de mon fils câlinant sa grand-mère, c’est comme si je câlinais ma mère à travers lui. Quand sa grand-mère dit à mon fils : « Je t’aime », c’est comme si elle me disait son amour à travers lui. Je revis ma propre enfance et je répare ma relation avec ma mère à travers ma propre parentalité. Mon fils grandit, et mon mari et moi vieillissons. Je l’ai mis au monde à 41 ans. Je vis sa croissance et mon vieillissement en même temps. Ma peau, mes cheveux, ma mâchoire, mes yeux, mes lèvres, mes fesses… tout n’est plus comme avant. Perdre du poids devient plus difficile.

Récemment, je me sens un peu triste en regardant mes autoportraits. Mais quand je vois le visage heureux de mon fils, je me dis que vieillir est acceptable, car je lui ai donné une partie de mes années en le mettant au monde et en l’élevant. Photographier la maternité m’apprend à accepter mon vieillissement.

Souhaitez-vous que Skinship continue d’évoluer ? Quelle serait sa forme idéale pour vous ?

Il évolue déjà, et le prochain projet semble avoir déjà commencé, qui porte sur l’entrée dans l’adolescence. Je ne connais pas encore la forme idéale, mais je travaille actuellement sur le projet de livre Skinship, ce qui est très excitant.

Takako Kido, Skinship (2012–)

Quel rôle espérez-vous que la photographie puisse jouer dans nos sociétés contemporaines ?

Montrer des histoires qu’il est difficile de raconter avec des mots. Parfois, le langage photographique le permet mieux, je crois.

Takako Kido, Skinship (2012–)

Y a-t-il une image de Skinship qui vous touche plus que les autres ? Si oui, pourquoi ?
Il est très difficile d’en choisir une. Toutes les images sont si précieuses pour moi.
Si je devais en choisir une, peut-être celle-ci. La lumière est belle et je vois que Taiyo commence à devenir beau. Je pense que cette photo montre à la fois son désir de rester proche et sa croissance en même temps.

Un autre projet important est The Unseen (2011), qui se concentre sur la mémoire, le deuil et l’invisible. Dans cette série, la photographie devient un outil de guérison et de présence. Comment cette série a-t-elle commencé ? A-t-elle été une réponse immédiate au tremblement de terre, ou est-elle née plus tard, avec le temps et la réflexion ? Est-ce née d’un besoin personnel de parler de cette catastrophe majeure ? Y a-t-il un élément autobiographique dans ce travail ?

Après le tremblement de terre, nous avons vérifié que mes beaux-parents allaient bien et attendu trois heures en ligne pour obtenir de l’eau potable. Il fallait aussi trouver de la nourriture. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de sortir pour prendre des photos.

Mais le journal Kochi Shimbun m’a appelée pour savoir si je pouvais faire des photographies pour eux, et mes amis de l’ICP, Christoph Bangert et Mitsuhiro Shoji, sont venus directement à mon appartement depuis l’aéroport de Narita. Cela m’a fait penser que je devais peut-être y aller. Nous sommes entrés dans la zone sinistrée le 15 mars, quatre jours après le tremblement de terre et le tsunami. Au début, je ne savais pas quoi photographier, ni même si je devais photographier là-bas. Tout avait été détruit et tout ce que je trouvais, c’était des débris et de la tristesse. Je priais juste et appuyais sur le déclencheur. Mais à la fin de la journée, j’ai ressenti la responsabilité de continuer à photographier la zone sinistrée en tant que photographe vivant sur place. J’y suis retournée régulièrement pour prendre des photos jusqu’à deux semaines avant la naissance de mon premier enfant en septembre 2012.

Dans The Unseen, le paysage naturel domine. Pourquoi ce choix ?

Dans la zone sinistrée, beaucoup de gens cherchaient des survivants, des corps ou des objets laissés derrière dans leurs maisons détruites. Je continuais à marcher en prenant des photos, espérant ressentir que les personnes dont la vie avait été soudainement emportée par le tsunami avaient été là — qu’elles étaient encore présentes — dans les objets laissés derrière, dans la lumière de la mer et du ciel, dans le paysage. Je les cherchais aussi à ma manière.

Takako Kido, Skinship (2012–)

Y a-t-il des images que vous n’avez pas pu ou pas voulu prendre ? Y a-t-il des aspects de la catastrophe que vous avez intentionnellement laissés hors cadre ?

Au début, je ne savais pas quoi photographier, alors j’ai tout photographié. Plus tard, j’ai pensé que je ne voulais pas montrer des scènes de débris désordonnés ou des personnes ayant évacué vers des refuges. Les « photos de catastrophe » étaient partout à l’époque, dans les journaux et à la télévision. J’ai entendu les habitants dire tristement que leur ville natale n’était pas seulement synonyme de catastrophe. Il y avait tellement d’endroits beaux qu’ils ne voulaient plus voir ces images tristes. J’étais complètement d’accord. Je ne voulais pas ajouter plus de tristesse en montrant mes photos. J’ai donc choisi très soigneusement celles à montrer.

Votre travail évoque l’absence, la mémoire, des présences silencieuses. Comment la photographie peut-elle rendre visible l’invisible ? Est-ce une tâche même possible ?
Je ne sais pas comment, mais dans la zone sinistrée, je voulais vraiment ressentir l’énergie de ceux dont la vie avait été soudainement emportée par le tsunami et j’ai continué à marcher en prenant des photos. Je suis heureuse de lire que vous écrivez que mon travail évoque l’absence, la mémoire, des présences silencieuses. Merci beaucoup.

Quel est le rôle de la photographie dans le deuil collectif et la mémoire d’une tragédie ?

Ne pas oublier, pour ceux qui ont perdu leurs proches, et aussi comme moyen pour la société de se préparer à la prochaine catastrophe.

Takako Kido, Skinship (2012–)

Le mot “unseen” (invisible) apparaît dans plusieurs de vos séries. Qu’est-ce qui vous attire dans cette idée de non-visible ?

J’ai puisé cette idée dans les enseignements bouddhistes, notamment le concept de « l’unité de la vie et de la mort ». Dans le bouddhisme, il y a le terme « Myo-Ho » qui signifie « Loi mystique » et symbolise l’unité entre Myo (l’invisible, la mort et l’éveil) et Ho (le visible, la vie, l’illusion et le quotidien). Myoho est aussi l’essence même de la vie, qui se manifeste tant qu’on est vivant et continue à l’état latent après la mort. Même si c’est invisible, c’est toujours là. Je peux peut-être en entrevoir un fragment quand je me concentre vraiment. J’espère capturer quelque chose de ce domaine de la Loi mystique à travers ma photographie.

Votre travail se caractérise par une temporalité lente : chaque série s’étend sur plusieurs années, vous laissez le temps agir. Est-ce un choix délibéré ou quelque chose qui se produit naturellement ?

Je pense que j’ai simplement besoin de temps pour comprendre et assimiler mon propre travail. J’aimerais pouvoir créer des projets sur une période plus courte, mais pour moi c’est impossible.

Qu’est-ce que le temps vous permet de voir que l’instantané ne peut pas saisir ?
Le temps me permet d’aller plus profondément dans mon projet, ce qui est très important pour moi.

Pour savoir plus sur l’artiste : https://www.takakokido.com/ 

Pour savoir plus sur son premier livre photo : https://ibashogallery.com/publications/922-skinship-takako-kido/ 

Maria Xypolopoulou
Maria Xypolopoulou est commissaire d’exposition et critique d’art indépendante. Actuellement, elle est doctorante en histoire à l’Université Paris 1 (Panthéon – Sorbonne). Elle travaille sa thèse sur le regard des photographes, les usages de la photographie et les représentations culturelles et du genre pendant la Première Guerre mondiale dans les Balkans. Son projet doctoral a bénéficié du soutien de l’Ecole Française d’Athènes (2017-2020) et de l’Historial de la Grande Guerre en France(2019). Elle a présenté ses projets artistiques en Grèce et en France en collaboration avec des galeries, institutions et autres commissaires d’art. Ses intérêts de recherche incluent l’histoire de l’art contemporain, l’histoire du genre, l’histoire de la photographie et particulièrement l’histoire des femmes photographes.

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