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Yves Klein et l’art de la performance à BOZAR (Bruxelles)

Temps de lecture : 2 minutes et 29 secondes

Le Palais des Beaux Arts de Bruxelles depuis l’arrivée de Paul Dujardin, son directeur général est devenu un centre d’art pluridisciplinaire proposant une expérience totale à un public toujours plus éclectique et varié.

« Théâtre du vide », la monographie dédiée à Yves Klein co-produite avec la Tate Liverpool s’inscrit en droite ligne de ce positionnement. La performance y a toute sa place. Si Yves Klein est universellement connu pour son bleu outremer IKB (International Klein Blue), véritable marque de fabrique sa vision ne se limite pas aux monochromes et sa quête beaucoup plus large et globale de l’immatériel va le pousser à toutes sortes d’expériences performatives avant-gardistes qui annoncent l’art conceptuel, minimal mais aussi le happening, l’installation.. Le parcours plus thématique que chronologique rassemble une trentaine d’œuvres dont certaines jamais exposées. A l’entrée le fameux cliché « le saut dans le vide » met en avant le rôle donné à la photographie lors de cette performance spectaculaire qu’il baptisera « un homme dans l’espace » dans une fausse édition du Journal de Dimanche du 27 novembre 1960, anticipant par là même Gargarine.

L’action réalisée à Fontenay-aux-Roses près d’une école de judo, le 19 octobre 1960 après plusieurs essais et immortalisée par John Kender et Harry Shunk, serait en fait un photomontage, sujet à multiples controverses et interprétations. Pierre Restany qui arrive malheureusement trop tard trouve l’artiste en proie à une sorte de crise mystique et l’on touche là ce qui va devenir fondamental dans sa pratique, la mise en scène de soi dans une revendication spirituelle infinie et totale de dépassement de ses limites, qui remonte à sa tendre enfance et son culte de Ste Rita.

Le vide va devenir alors cette énergie vitale qu’il découvre au Japon pendant son perfectionnement au judo et sa percée artistique aura lieu en 1956 lors de sa première exposition à la galerie Colette Allendy décrite par Pierre Restany de « propositions monochromes ». Le bleu des fresques de Giotto lui apporte la révélation et pureté de la vision. Ce bleu outremer recouvrira la galerie Iris Clert afin de laver les visiteurs de toute impureté extérieure, prêts au « Vide »et à l’inconnu. Les éponges deviennent alors des dérivés du monochrome, métaphores et réceptacles du principe d’imprégnation.

Puis l’artiste a recours aux « pinceaux vivants », dans des performances publiques qu’il intitule des anthropométries à partir de modèles enduits de peinture. Statiques ou dynamiques, les corps laissent leurs empreintes sur la toile. Le visible, l’invisible, la trace, la disparition se fondent lors de ces spectacles qui peuvent être accompagnés d’une transcription musicale.

Autre mise en scène visionnaire immortalisée également par la photographie, la vente de « zone de sensibilité picturale immatérielle » sur les bords de la Seine, une transaction scellée par quelques grammes d’or et de l’encre rose qui incarne le sang de l’artiste, soit un procédé alchimique pour porter l’imagination à son état le plus pur.

Et bientôt l’artiste va avoir recours à un autre élément essentiel, le feu, « là ou l’on trouve LE VIDE » déclare t-il « il y a aussi le feu ». Révéler les cendres de son art et débarrasser le corps de ses imperfections pour opérer le lien avec les autres couleurs de base de la peinture monochrome : le bleu, l’or et le rose, une trilogie qu’il considère comme universelle.

Et si Yves Klein meut prématurément d’une crise cardiaque à l’âge de 39 ans on aura compris que sa soif d’absolu et d’un tout cohérent annonce ce qui va devenir dans les années 1960 et 1970 une forme d’art à part entière. Cette part immatérielle de la création devenue partie intégrante du paysage artistique a libre cours à BOZAR à travers les pratiques de représentants bruxellois et internationaux. A l’occasion de l’exposition de multiples performeurs réactiveront le mythe Klein, tels que Alexandra Pirici& Manuel Pelmus (Biennale de Venise), Pieter Van den Bosch, Miet Warlop, Marvin Gaye Chetwynd…à partir de vidéos, films, longs métrages.

Autant de capsules temporelles qui nous font tutoyer l’insaisissable dans le sillage du saut de l’ange !

EXPOSITION
Yves Klein, le théâtre du vide
Jusqu’au 20 août 2017
Bozar, Palais des Beaux Arts
Rue Ravenstein, 23
Bruxelles, Belgique
http://www.bozar.be

Autre exposition en résonnance à Bozar :
Pol Bury (Article à venir).

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(Paris-Bruxelles : 1h22 de trajet)