En plein coeur de Bordeaux, un cube de verre conçue par l’agence Antoine Dufour Architectes, relie à l’hôtel particulier du XVIIe, l’ancienne prison municipale du XIXe. Le MADD, musée des Arts décoratifs et du Design ainsi, agrandi, dévoile une exposition foisonnante et captivante de la designer Pauline Deltour.

Sous des structures, mêlant verre et acier, et pierres apparentes, le visiteur emprunte l’ancienne cour recouverte qui mène aux anciennes cellules. Le parcours est fluide, les espaces sont visibles : des cloisons ont été supprimées, aux verticalités marquées par les piliers en acier. Lorsque l’on pénètre dans l’ancienne cour, on est surpris et tout de suite séduit par la diversité et l’ampleur du travail de la jeune designer (1983-2021)

Arita, objets Bonhomie © Pauline Deltour

Après avoir étudié les arts décoratifs et les arts appliqués, elle est sensible au cheminement. Qui dit projet, dit nouvelle perspective.
« J’ai appris quand je travaillais pour Konstantin Grcic que commencer un nouveau projet devrait signifier recommencer à zéro. Le processus de conception d’une cuillère est très différent de celui de la conception d’une voiture, d’une chaise ou d’une théière. Si chaque nouveau projet est avec un matériau, une circonstance et un client différents, alors je devrais commencer par une nouvelle perspective. »

Drop © Pauline Deltour

A partir de l’espace central qui mène aux anciennes cellules, on est subjugué par tant d’exploration créatrice et la profusion tout azimut qu’elle menait avec tant de talent et d’allant.

Grâce à sa démarche d’expérimentation, de tests, sa méthode d’essai et de transformation, par exemple, pour le service à thé de Pauline Deltour, entre la fabrique de porcelaine, basée à Arita au Japon, il y a eu des échanges, suivis de versions ajustées : l’épaisseur du pied de la tasse à la finesse de la lèvre de la pièce en porcelaine : le service qu’elle a nommé Bonhomie ressemble à ses convictions et ses aspirations. On y retrouve de l’aisance, de la candeur, de la droiture, une certaine rondeur, une simplicité, une familiarité et de l’obligeance. L’ensemble de ses démarches, le processus de A à Z de ses multiples travaux est montré et soutenu par de nombreux croquis et photographies.

« Une ligne est un point qui est parti marcher » Cette citation attribuée à Paul Klee, nous prend par la main et à chaque pas, on redécouvre un nouvel objet, une nouvelle proposition.
« Devant la page blanche, où rien n’est garanti, » dit-elle. Si l’on reprend l’idée, lorsque dessiner est une ligne qui part en promenade, on peut dire que la ligne raconte un trajet, une intention, et un devenir.
Une ligne, ce n’est jamais neutre: c’est un acte de décision. Pour Pauline Deltour, la ligne est une manière de faire tenir le monde avec le minimum, juste ce qu’il faut.
Le plateau Roulé, objet d’exception en métal repoussé, technique d’estampage manuelle pour l’éditeur Discipline, est inspiré par les sculptures de Carl André qui redéfinit la sculpture comme un voyage; vécue comme une épiphanie par la créatrice, qui notait tout dans ses petits carnets noirs qu’elle conservait.

© Pauline Deltour

On ne cesse d’être saisi par tant d’audace et de travail acharné : les autres espaces accueillent tout le déploiement des savoir-faire de la designer Pauline Deltour : mobilier, objets, bijoux, sacs, céramique et même un vélo!
« La meilleure conception du design est celle qu’en ont les Nordiques et les Japonais. Ils ont réussi le pari de créer un design intégré, presque invisible au quotidien. Une source de confort et un indéniable gain en termes de qualité de vie. C’est, à mon avis, ce qu’on peut attendre d’un design idéal. » affirme la designer.
Elle a créé du mobilier de bureau pour Muji, ainsi que des accessoires raffinés pour Puiforcat. Parmi ses clients figurent aussi Alessi, Designerbox, Kvadrat, Japan Creative LaCie et Lexon. Elle ne cesse de se renouveler et elle collabore à des projets d’architecture intérieure pour des marques telles que Balmain, Babolat et Ateliers de Paris.

Sa collaboration avec l’artisanat colombien, au cours d’une rencontre avec Ana Maria Calderon Kayser (utilisation de fibre de palmier assise de banc, Killa collection, 2019) vise le soutien, la pérennité du savoir-faire local, et une ouverture à l’internationale.
Les ateliers ont ajusté ou modernisé certaines techniques pour permettre la production en série limitée ou standardisée, ce qui a permis à la designer d’apprendre de nouvelles techniques et de déployer ses nouvelles connaissances sans cesse ajustées et vérifiées, dans des créations engagées dans des domaines extrêmement variés.

Takayuki Sakiyama, Sans titre, 2021, Galerie Pierre Marie Giraud, Bruxelles © Pierre Marie Giraud

Suite à la boutique, un espace des savoir-faire, où les expositions, tous les 18 mois, seront renouvelées et consacrées à une technique, à un geste et à un matériau, précise Etienne Tornier, directeur adjoint du musée. En duo avec Bérengère Bussioz, co-commissaire de l’exposition Corps célestes sont présentés, les céramiques inspirées des formes de la nature, celles en terre sigillée et enfumage de Pierre Bayle, les mouvements souples de la vie que Xavier Duroselle avec de la porcelaine tente d’appréhender, les vagues inspirées par les paysages de la péninsule d’Izu du japonais Takayuki Sakiyama et bien d’autres noms fameux, comme, Lucio Fontana, Daniel de Montmollin, Lucie Rie, Hans Coper, et Kristin Mc Kirdy.

Kristin McKirdy, Sans titre, 2021, Galerie Pierre Marie Giraud, Bruxelles © Pierre Marie Giraud / Kristin McKirdy. Adagp, Paris

Le Madd s’est doté également d’un cabinet des arts graphiques avec dans les réserves, le fond Jacques Sargos qui rassemble plus de 130 dessins, en lien avec l’architecture, les arts décoratifs et l’ornement.

En attendant l’ouverture de l’hôtel De Lalande, en 2027, l’enjeu est de préserver l’identité architecturale et l’atmosphère particulière de ces lieux qui aujourd’hui sont respectées.

Grâce aux travaux réalisés, une réduction de 40 % des consommations énergétiques est visée, témoignant d’un engagement concret, en faveur de la transition écologique.

Tous les détails ont été étudiés et réalisés avec cohérence: la charte graphique confié à Pierre Jeanneau, directeur artistique indépendant répond harmonieusement à l’ensemble.

Certaines créations de Pauline Deltour sont encore disponibles. Bonhomie, le service à thé est disponible au MADD, à Bordeaux.

Un catalogue consacré à Pauline Deltour a été publié aux Presses du Réel.
Extraits publiés dans le catalogue Arita, Table of contents, éditions Phaidon

INFORMATIONS PRATIQUES
Pauline Deltour, une apparente simplicité
Jusqu’au 21-9-2026
Céramiques corps sensibles
Jusqu’au 04 janvier 2028
MADD-Musée des Arts décoratifs et du Design
39,rue Bouffard
33000 Bordeaux
+33 (0)5 56 10 14 00
Ouvert tous les jours de 11h-18h
Fermé le mardi et les jours fériés
Tarif unique : 4,50 euros
Possibilité d’entrée gratuite si amis du MADD
https://madd-bordeaux.fr/
https://www.paulinedeltour.com/

Nathalie Gallon
Nathalie Gallon est critique d’art, membre de l’AICA. Elle écrit des textes sur des artistes pour des plateformes, magazines en ligne et en version print et des galeries.Commissaire d’exposition indépendante, conseillère artistique et co-éditeur de Beaux-Livres L’exposition « Éphémérides coréennes », dont elle est la commissaire et la productrice, a été labellisée dans le cadre de l’année croisée France/Corée en 2015. De 2010 à 2012, elle a été déléguée générale de la Fondation Carmignac et a dirigé le prix international de photographie depuis sa création en 2009, pendant six ans. Elle conçoit des projets artistiques.

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