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Report du 65ème Salon de Montrouge : Entretien avec Ami Barak et Marie Gautier, directeurs artistiques

Temps de lecture estimé : 7mins

Reportée au printemps 2021, la 65ème édition du Salon de Montrouge subit aussi l’impact de la crise sanitaire actuelle. Nous avons rencontré Ami Barak et Marie Gautier qui reviennent sur cette décision et les enjeux qui les animent pour soutenir les artistes et leurs projets d’ici l’année prochaine.

«  Plus les situations sont tendues, plus l’être humain a besoin de réconfort culturel . » – Ami Barak

Quelles sont les conséquences de ce report de la 65ème édition ?

Ami Barak : Cette décision qui relève de la Municipalité de Montrouge même si elle était la plus juste nous enlève une année. C’est d’autant plus frustrant pour nous que tout était prêt : le dispositif scénographique, les cartels, le catalogue..
La 65ème édition est reportée à la lettre : mêmes artistes, mêmes projets.

Marie Gautier : C’est une réflexion que nous avons menée avec les artistes qui ont été intégrés aux différentes hypothèses et scenarii. C’est assez délicat comme décision mais la plus sage semble t-il.

Si certains projets des artistes évoluent avec le contexte de la crise, est ce que vous en tiendrez compte ?

MG : Les artistes vont nécessairement évoluer dans leurs pratiques et réflexions car pour de jeunes artistes, un an c’est déjà beaucoup. Financièrement nous n’avons pas les moyens de refaire le salon de A à Z mais nous serons quand même confrontés à une forme d’évolution des projets. Tout simplement parce qu’un certain nombre d’artistes produisent des œuvres pour le salon, parfois volumineuses et ne vont pas avoir de stockage disponible pendant un an. Nous sommes face à beaucoup de questionnements à la fois théoriques et pratiques. On ne peut faire abstraction de ce contexte.

Quelles mesures de soutien trouvez-vous pertinentes et auriez-vous envie de suivre personnellement dans ce contexte ?

AB : Ces initiatives sont indispensables étant donné l’impact de cette crise économique sur les plus précaires dont les artistes. Tout type de soutien est le bienvenu.

MG : Il y a plusieurs types d’initiatives et au-delà de celles de l’Etat et de grandes structures comme le CNAP pour les galeries, les initiatives plus locales et directement liées aux artistes sont essentielles. Celle que l’atelier Le Houloc a mis en place à travers une vente de soutien à partir de leurs œuvres est intéressante et incarne aussi leur faculté à se fédérer en ce moment. C’est pour les jeunes artistes que cette situation est la plus difficile et j’échangeais avec des directeurs d’écoles des Beaux Arts qui appellent à aider financièrement les artistes et étudiants, ne serait-ce que pour payer leur loyer ! Le monde de l’art est touché en profondeur et l’on voit à quel point les différents agents de ce milieu ne sont pas tous à la même enseigne.
Au niveau du mécénat j’ai remarqué que Les Amis du Centre Pompidou vont se concentrer plus cette année avec le même budget sur de jeunes artistes français pour favoriser le local et toucher plus de galeries et plus d’artistes. C’est une belle initiative et rassurant de penser que les collectionneurs se sentent impliqués et qu’ils prennent leur rôle de soutien à cœur. Même s’ils vont être concernés comme les autres par une restriction économique, leur exemple incitatif sera d’autant plus important.

L’Offre digitale très présent en ce moment est-elle selon vous une stratégie gagnante ?

AM : La philosophie de départ d’avoir une visibilité et d’être présents génère une dynamique qui est bonne même si cela ne se substituera pas au besoin de proximité avec l’œuvre. C’est un substitut de facto mais sans doute pas sur le long terme et de façon radicale à la présence physique de l’œuvre. Si les ventes en ligne s’accélèrent par la force des choses, un collectionneur avisé a besoin de voir l’œuvre de visu. Ce qui est proposé aujourd’hui est devenu énorme en terme de contenu digital mais je reste convaincu et fais partie de cette génération qui pense que rien ne remplace la vraie rencontre avec l’œuvre.

Comment imaginez-vous le monde d’après ?

AB : Pour une fois j’avoue ne pas arriver à me projeter, le contexte est tel qu’à part cette conscience aigue et cette inquiétude générale face à une situation dramatique sur le plan économique tout ce qui en découle : les revenus des artistes, l’existence des galeries, le retour des collectionneurs.., reste une grande inconnue. Si l’économie arrive à redémarrer ce ne sera pas immédiat. Combien de temps peut prendre le rétablissement du marché je ne peux le dire à ce stade. Je garde cet espoir de conscience du fait culturel avec ce paradoxe que dans une situation comme la nôtre le besoin de culture est devenu impérieux. Que font les gens aujourd’ hui si ce n’est lire, regarder des films, écouter de la musique… toute forme de culture. J’espère que ce besoin va se transformer pendant les jours d’après en une attention et une solidarité pérennes pour la scène culturelle.

MG C’est une question vertigineuse. J’espère que septembre nous permettra de reprendre une vie normale mais comment cela va se traduire concrètement, reste un mystère. J’ai du mal à croire que l’on va pouvoir reprendre la vie comme si de rien n’était et en même temps d’un point de vue économique la machine doit se relancer aussi. J’ai espoir que l’on sera solidaires et plus vertueux.

Pensez-vous que cette alerte entraîne  une prise de conscience durable dans le monde de l’art ou que les logiques financières globales vont vite reprendre le dessus ?

MG Certains points vont évoluer comme la question des déplacements, la mondialisation des foires et internationalisation du monde de l’art qui vont peut-être se relocaliser d’une certaine manière. Ne sachant pas quand rouvriront les frontières nous allons aller vers du plus local à tous les niveaux, ce qui peut être porteur. Parmi les nationalités que nous accueillons au Salon cette année nous avons remarqué plus d’artistes venant d’Amérique Latine avec la Colombie très représentée, ce qui traduit cette chance que nous avons en France d’études gratuites ce qui n’est pas le cas en Amérique par exemple et d’une stabilité de nos institutions culturelles.
Ou quand l’économique rejoint toujours la géopolitique de l’art.

INFORMATIONS PRATIQUES
Le Salon de Montrouge présentera sa 65e édition du 24 avril au 18 mai 2021.
Sélection officielle : Tanoé Ackah, Melissa Airaudi, Louise Aleksiejew, Sharon Alfassi, Aude Anquetil, Theodora Barat, Camille Beauplan, Guillaume Bouisset, Réda Boussella, Pierre Brunet, Flora Citroën, Côme Clerino, Comma (Clémence Choquet & Mickaël, Gamio), Anaïs-Tohé Commaret, Charlotte Denamur, Alexandra Devaux, Juliette Dominati, , Ben Elliot, Yoann Estevenin, Lorraine Féline, Bertrand Flanet, Valentine Franc, Gaadjika, Hilary Galbreaith, Thomas Guillemet, Yuni Hong Charpe, Jean Roméo Kamptchouang, Hedi Ladjimi, Alice Louradour, Jordan Madlon, Lívia Melzi, Adrien Menu, Pierrick Mouton, Charlotte Nicoli, Célia Nkala, Pierre Pauze, Hatice Pinarbasi, Araks Sahakyan Gasparyan & Ramón, Rico Carpena, Camila Rodríguez Triana, Sara Sadik, Segondurante, Maxence Stamatiadis, Ana Tamayo, Charlotte Vitaioli, Yuyan Wang, Gaspar Willmann, Takeshi Yasura, Yue Yuan, Mélanie Yvon, Julien Ziegler
http://www.salondemontrouge.com/

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Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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